RESUME DE DOCUMENTS :
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1. Historique de la décentralisation
territoriale au Mali (de la période coloniale à la troisième République).
La
décentralisation territoriale et administrative qui est devenue une réalité
tangible de nos jours (au Mali) est le fruit d'un long processus. Ce processus
pendant différentes périodes a connu des hauts et des bas sous-tendus par des
textes législatifs et réglementaires. Il ne faudrait pas s’attendre à ce que ce
processus ait une fin (apprentissage et approfondissement continus). La
décentralisation n'est pas une fin en soi et doit servir à faciliter le
développement local, régional et national. Mais ce lien n'a pas été toujours
évident aux acteurs/actrices impliqués hier comme aujourd’hui. C’est ce qui
fait tout l’intérêt d’un regard rétrospectif sur le phénomène de la
décentralisation/déconcentration.
Après
l'occupation territoriale, le colonisateur se fixa comme objectif principal
l'exploitation des matières premières des pays occupés. Pour ce faire, un ordre
administratif hyper centralisé a été mis en œuvre. Il faut dire cependant que
le colonisateur a vite perçu la nécessité d'associer les populations des
territoires occupés à la réalisation de cet objectif. De ce fait fut mise en
chantier dès 1918 une première politique de décentralisation qui se matérialisa
par l'adoption de certains textes dont l'arrêté général du 20 décembre 1918.
Celui-ci créa les communes mixtes de Bamako et Kayes lesquelles fonctionneront
à partir du premier janvier 1919. Les représentants des territoires occupés n'y
jouaient des rôles qu’en tant que sujets soumis à l’occupant. Environ trente
(30) ans après furent créées les communes mixtes de Ségou (1953) et de Sikasso
(1954).
Un
changement très important intervint en 1955 l'adoption de la loi N°55-149 du 18
novembre 1955 relative à la réorganisation municipale en Afrique Occidentale
Française, Afrique Equatoriale Française, au Cameroun et à Madagascar. Elle
consacra la création des communes de plein exercice dans ces territoires.
A la suite de cette loi, Bamako, Kayes,
Ségou et Mopti furent érigées en communes de plein exercice. Aussi seront
créées 7 nouvelles communes de moyen exercice : Kita, Kati, Koulikoro,
Koutiala, San, Tombouctou et Gao. Il existait entre ces différentes structures
un rigoureux rapport de subordination.
Le
décret N°57-461 du 4 avril 1957 détermina à son tour les conditions
d'institution et de fonctionnement des collectivités rurales en AOF. Il a
consacré aussi la création des
collectivités rurales dans des conditions prévues par les textes.
Sous
la République Soudanaise (24 novembre 1958 au 21 septembre 1960) a été
déterminée la création des conseils de village par le décret N°43 / DI. Il
considéra le village comme l'unité administrative de base du Soudan.
L'idée
de la libre administration fut aussi exprimée sous cette République à travers
la loi N°6065 / AL-RS du 07 juin 1960 portant organisation des régions et des
assemblées régionales. Selon les dispositions de son article 2, la région
devait être dotée de la personnalité civile et de l'autonomie financière
Une
nouvelle organisation territoriale intervint avec la loi N°60-3 / AL-RS portant
organisation territoriale de la République Soudanaise. Ainsi, la République
Soudanaise s'articulera en régions, cercles, arrondissements, communes et
villages pour les populations sédentaires et tribus et fractions pour les
populations nomades.
Avant
l'indépendance existait au Soudan six (6) régions : Bamako, Kayes, Sikasso,
Ségou et Gao. Dans la pratique la région était dirigée par un gouverneur qui ne
rendait compte qu'à l'exécutif central puisque les assemblées régionales n'ont
jamais été élues.
Il
ressort ainsi que la politique de décentralisation du colonisateur a failli du
fait de l'existence d'un grand rapport de subordination entre les différentes
structures mises en place et de la réduction à de simples exécutantes des
forces motrices que sont les
populations. Elles pouvaient à peine s'exprimer et ne pouvaient jamais décider
librement de leur sort. Dans ce contexte pouvait difficilement exister un
système de participation de la société civile,
digne de ce nom.
A
l'indépendance (proclamée le 22 septembre 1960)
la première République du Mali hérita du modèle d'administration fortement centralisé du colonisateur. Il faut
d'ailleurs souligner qu'optant pour le
socialisme les autorités de l'ère étaient beaucoup plus soucieuses de la
réalisation de l'unité nationale. La décentralisation pouvait donc être
difficilement une priorité.
Toutefois,
l'article 41 de la constitution du 22 septembre
1960 consacrait l'érection à juste titre en collectivités territoriales
toutes les circonscriptions dont les villages et fractions.
Par
ailleurs, la loi N°66-9 / AN-RM du 2 mars 1966 (qui abroge la loi du 18
novembre 1955) uniformisa les communes héritées de la colonisation en communes
de plein exercice. Ce qui dotait la commune d'un organe exécutif propre. Il
faut dire cependant que les circonscriptions administratives sous cette
République ont eu comme apanage la répression, la coercition vis à vis des
populations. Celles-ci étaient encore réduites à de simples exécutantes
Dans
un contexte marqué par l’aspiration à l'unité nationale et le monolithisme
politique, la décentralisation n'a pas dépassé sous la première République du
Mali le stade d'affirmation des principes. La non élection des assemblées
régionales, l'inexistence de la commune rurale etc. corrobore bien ce constat.
En réalité pendant cette période le développement des circonscriptions
administratives à l'image du modèle colonial a pris le dessus sur celui des
collectivités territoriales.
Avant
l'avènement de la deuxième République existait au Mali 6 régions, 42 cercles,
215 arrondissements et 13 communes toutes urbaines. L’accent a été apparemment
mis sur la déconcentration surtout.
Le 19 novembre 1968, les militaires renversent le régime
socialiste, suspendent la constitution et instaurent une oligarchie militaire.
Venus au pouvoir avec des ambitions réformatrices, ils ne pourront pas se
passer de l'ordre ancien. C'est ainsi que l'administration à caractère
centralisateur du pouvoir de décision va continuer à persister.
Toutefois, ce fait ne doit pas masquer certaines bonnes
intentions, comme cette belle tentative de mettre en oeuvre un système administratif décentralisé (passage de
l' »administration de commandement>> à l' »administration de
développement>>) opérées par les autorités de la 2ème
République. Dès mars 1969 fut décidée la création de la Commission Nationale de
la Réforme Administrative (CNRA), qui sera mise en place à la suite d'une
conférence nationale.
L'adoption de l'ordonnance N°77-44 / CMLN portant
réorganisation territoriale et administrative de la République du Mali a
produit sans nul doute le premier changement le plus significatif depuis des
années. A la suite de cette ordonnance le territoire de la République du Mali
s'articula en régions, cercles, arrondissement (divisés en secteurs), communes,
villages, fractions et le
District de Bamako. Elle considérait la région, le cercle et l'arrondissement
comme des circonscriptions administratives décentralisées (aujourd’hui, le
terme « déconcentré » paraît plus approprié). Quant à la commune,
elle constituait à la fois une circonscription administrative de l'Etat et une
collectivité décentralisée. Le même texte prévoyait l'érection de
l'arrondissement en commune rurale. Mais aucune commune rurale n'a été créée
sous la 2ème République du Mali.
Par ailleurs, les
conditions de nomination et
d'attribution des chefs de circonscriptions ont été déterminées par le
décret N°203 / PG-RM du 8 novembre 1977.
La loi N°82-49 / AN-RM qui modifie l'ordonnance N°77-44 /
CMLN institua les conseils de région, de cercle, et d'arrondissement dont les membres sont élus dans les conditions
prévues par les textes. Signalons que les conseils municipaux mis en place par
la première République furent dissous en 1968.
En 1982, cependant fut créée à titre de commune urbaine la
commune de Bougouni. Ainsi, la 2ème République comptait un district
(composé de 6 communes), 7 régions, 46 cercles, 280 arrondissements et 19
communes toutes urbaines. La création d'une direction nationale de l'intérieur
et des collectivités territoriales fut consacrée par l'ordonnance N°78-40 /
CMLN. Cette direction comprenait 4 divisions dont celle des collectivités
territoriales.
Il faut dire cependant que même si les autorités de cette 2e
République avaient songé au renforcement de la politique de décentralisation,
elles ont donné plus de poids aux circonscriptions administratives au détriment
des collectivités territoriales. Les organes déconcentrés n'avaient pas de
personnalité juridique ni d'autonomie financière. De surcroît, les populations ont été aussi
réduites à de simples exécutantes de la volonté de l’administration et des
services techniques, ce qui a conduit à beaucoup d’abus et de frustration et
finalement à l’insurrection populaire.
Les événements du 26 mars 1991 qui mettent fin au régime militaire ouvrent la
voie à une nouvelle ère (celle de la démocratie politique intégrale). Cette
démocratisation du pays a été accompagnée de l'exigence de transparence et de
responsabilisation effective des populations dans la gestion des affaires
publiques ou locales. Il devient ainsi impératif pour les autorités de la
troisième République de mettre en place " un système administratif ou
l'Etat accorde à d'autres entités juridiquement reconnues l'autonomie
financière et de gestion dans des conditions prévues par la loi". Ainsi
fut relancé par le Comité de Transition pour le Salut du Peuple (mis en place
le 26 mars 1991) le processus de décentralisation jusque là demeuré au stade
d'affirmation des principes.
L'ordonnance N°91-039 / P-CTSP qui abroge l'ordonnance du 12
juillet 1977, détermina les
circonscriptions administratives et les collectivités territoriales de la
République du Mali. A la suite de cette ordonnance, la région de Gao fut
scindée en deux dont celle de Kidal.
En 1992 furent crées les communes urbaines de Banamba,
Niono, Diré, Dioila et Bandiagara (5 au total).
L'avènement du régime démocratique et multipartite a
provoqué un bond qualitatif du processus de décentralisation au Mali qui a
évolué d’emblée vers la « communalisation intégrale ». Dès le 11
février 1993 est adoptée la loi fondamentale N°93-008 relative aux conditions
de la libre administration des collectivités locales (dans le respect de
l'unité nationale). Elle structure les collectivités de la République du
Mali en régions, le District de Bamako,
cercles, communes urbaines et communes
rurales. Toutes les collectivités sont dotées de la personnalité morale et de
l'autonomie financière. Les organes de ces collectivités ont été déterminés par
la loi du 12 avril 1995 ainsi que les conditions de nomination et les
attributions des représentants de l'Etat au niveau de celles-ci. C'est avec
l'adoption de la loi N°96-050 du 26 octobre 1996 portant principes de
constitution et de gestion du domaine des collectivités territoriales qu'on a
assisté à la floraison des communes sur toute l'étendue du territoire national.
Il y en a au total 703 communes dont 684 nouvelles. Ces différentes collectivités présentent chacune un organe
exécutif propre dont les actions sont contrôlées par un représentant de l'Etat
(tutelle). Pour la commune la tutelle est assurée par le préfet de cercle
(préalablement appelé « délégué du gouvernement »). La tutelle du
Conseil de Cercle est assurée par le gouverneur de région tandis que la tutelle
de la région (Assemblée Régionale) est prise en charge par le Ministre de
l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales. Dans le cas
particulier du district de Bamako, la tutelle des Communes est confiée au
Gouverneur du District (préalablement appelé « Haut – Commissaire »
du District) tandis que le District de Bamako (l’ancienne « Mairie Centrale »)
est traité comme les autres régions.
Enfin au niveau de la Nation, au près du Haut Conseil des Collectivités
(qui est l’une des institutions dirigeantes de la République) existe le
ministère de l'administration territoriale qui a vu l’érection de la Division
des collectivités territoriales en une Direction Nationale chargée de piloter
la mise en œuvre de la décentralisation territoriale.
La République du Mali comptait avant les élections municipales de juin 2004, 703 communes
avec 10540 conseillers, 49 cercles avec
1524 conseillers et 8 régions plus le District de Bamako avec 148 conseillers
régionaux.
Cette politique de décentralisation actuellement en cours au
MALI fait des populations les maîtresses de leur propre développement même si
d'un autre coté se pose le problème du renforcement de la capacité de
participation de celles-ci.
2. <<
RESUME DE L'HISTORIQUE DE LA PARTICIPATION DE LA SOCIETE CIVILE AU
PROCESSUSDEDEVELOPPEMENT DU MALI (DE LA PERODE COLONIALE A NOS JOURS)
Le présent exercice consiste à mettre en exergue la
participation de la société civile à travers certaines de ces organisations
(les coopératives, les mutuelles, les associations, les ONGet le secteur privé)
au processus de développement en remontant jusqu'à la période coloniale.
En effet, parler de la participation de la société civile au
processus de développement de la période coloniale jusqu'à nos jours demeure
une entreprise difficile dans la mesure où l'on est très mal à l'aise de parler
de l'existence d'une société civile digne de ce nom pendant la période
coloniale. Mais se fier à cette vision de la chose serait de nature à occulter
l'existence des balbutiements de cette
entité pendant et après l’occupation coloniale.
En fait, la colonisation qui n'est qu'une étape de
l'expansion mondiale de l'économie capitaliste s'était donnée comme objectif
principal l'exploitation des matières premières des territoires occupés.
L'industrie métropolitaine se trouvait dans le besoin d'approvisionnement en
matières premières en quantités suffisantes.
Pour rallier les populations des territoires occupés à cet
objectif, l'administration coloniale mit en place, parallèlement au découpage
administratif, certaines organisations à caractère coopératif, mutualiste et
associatif tout en encourageant l’émergence d’un secteur privé embryonnaire
contrôlé par le capital français et international.
Toutes ces organisations vont jouer un rôle essentiel dans
la réalisation des objectifs coloniaux. Ainsi, au Soudan Français les
organisations à caractère coopératif mutualiste et associatif essayèrent d'organiser les masses laborieuses dans le
procès de production, de canaliser leur velléité de résistance en vue
d'accroître leur exploitation par l’Etat colonial et ses acolytes privés. Les
associations agricoles indigènes (AAI) ont vu le jour à l'Office du Niger dans
ce contexte. La forme de participation exercée par ces organisations était sans
nul doute coercitive, car les populations étaient forcément réduites à de
simples exécutantes. Dans certains cas
celles-ci boudèrent ces organes de participation en guise de
protestation contre l'attitude
déshumanisante du colonisateur, qui ne voulait pas reconnaître à
l'Africain la qualité d'être humain.
Il faut dire cependant que ces organisations à caractère
coopératif, mutualiste et associatif ont eu le mérite d'améliorer le niveau
d'organisation des indigènes dans le procès de production, d'introduire de
nouvelles techniques organisationnelles culturales.
Par exemple, l'introduction en 1955 des tracteurs a permis
l'aménagement de 52 hectares de plaines à Kadiolo et 17 autres à Diou (région
de Sikasso).
Toutefois, comme ci-dessus signalé, l'attitude du
colonisateur restait fondamentalement humiliante. C'est dans le souci de mettre
fin à ce phénomène que naquirent entre autre les syndicats. Face à la cruauté
du colonisateur, les syndicats naissants ne rêveront jamais à une relation
partenariale équilibrée avec celui-ci, au contraire leur stratégie à s'opposer
aux objectifs coloniaux tout en revendiquant des aménagements en faveur des
opprimés là où cela était possible. Ainsi, la participation de la société
civile en général et des syndicats en particulier s'attela entre autres, à
donner d'abord à l'Africain la qualité d'être humain et ce n’est que bien plus
tard qu’émergea la vision de l'indépendance des Etats coloniaux. Dans ce combat
les syndicats du Soudan s'unissent aux partis politiques qui ont commencé à
naître en 1946. C'est ce qui fait dire à certains que pendant cette période les
syndicats étaient inféodés aux partis
politiques. Sous des pressions exogènes et endogènes intervinrent dans les
années 1960 les indépendances de plusieurs pays africains dont le Mali.
Il faut dire que le colonisateur avait essayé de paralyser
la société civile naissante dans une forme de toile d'araignée débilitante et
soigneusement tissée (répression administrative, policière, judiciaire etc.).
Dans cette situation, on ne pouvait jamais envisager une libre participation des
organisations de la société civile.
La proclamation de
l'indépendance du Mali le 22 septembre 1960 vit l'instauration de la
politique socialiste. Les autorités nouvelles eurent comme premier souci majeur
la réalisation de l'unité nationale. Ainsi les moyens de production devaient
être étatisés en vue de mettre fin à toute forme d'exploitation de l'homme par
l'homme et de favoriser la croissance économique au bénéfice du plus grand
nombre. Pour soutenir le développement à la base le régime socialiste tenta de
réorganiser les populations à sa façon. Ainsi ont été mises en place des
organisations à caractère coopératif et mutualiste en améliorant un outil
d'ailleurs hérité de la colonisation. Ces organisations à caractère coopératif
et mutualiste dont les Sociétés Mutuelles de Développement Rural (SMDR)
contribuèrent à la modernisation de notre agriculture en fournissant des
matériels plus performants et en organisant les producteurs. Mais la
persistance de la stratégie de "caporalisation" qui était leur
apanage incita les populations à l'indifférence vis à vis d'elles.
Par ailleurs, si pendant la période coloniale les syndicats
de concert avec les partis politiques devaient combattre la domination
coloniale, à l'indépendance ils deviennent plus préoccupés par la construction
du pays et la création d'institutions démocratiques et progressistes. Ils
participèrent à la réforme de l'éducation en 1960 et ont été d'un grand apport
à la politique d’"africanisation" des cadres. L’Union Nationale des
Travailleurs du Mali (UNTM) octroya des bourses d'études aux fils du pays en
collaboration avec ses partenaires soviétiques. Aussi contribuèrent-ils à
l'amorce d’un embryon d'industrie dans notre pays en éduquant les travailleurs
au civisme et en véhiculant le slogan "consommons malien" ; ce qui
protégeait nos unités industrielles naissantes contre la concurrence étrangère.
Les syndicats entretenaient de bons rapports avec les autorités de l'époque qui
étaient réfractaires à toute velléité de contestation.
Il faut révéler alors que l'option socialiste ne favorisait
guère l'implantation des ONG, généralement jalouses de leur indépendance, dans
le pays. Malgré ces conditions, deux ONG arrivent à participer à la croissance
économique. Il s'agit d’OXFAM/UK qui opérait dans le domaine du développement
agricole et sanitaire, et SUCO (service canadien outre-mer) dont le discours
d'intervention se fonde sur le concept de "solidarité" avec les
peuples en lutte au Tiers-Monde.
Il ressort ainsi que la société civile a vivement participé
à la réalisation de l'unité nationale et à l'augmentation de la croissance
économique sous la première République du Mali même si cette participation
n'était pas démocratique dans l’acception actuelle du terme (en termes de
« liberté d’expression »).
Le 19 novembre 1968, dans un contexte de crise généralisée,
les militaires prennent le pouvoir et instaurent la dictature. Venus au pouvoir
avec des ambitions réformatrices, ils ne
pourront se défaire de l'ordre dialectique des choses. Les associations
villageoises (AV) se virent assigner un rôle de choix dans la politique de
développement à la base. Elles devaient être le principal instrument du
développement à la base tout en participant aux prises de décisions dans la
mise en œuvre des projets de développement. Mais il faut souligner que la
création de ces AV était une affaire militante obligatoire pour les populations
rurales. Néanmoins il faut reconnaître qu'elles représentaient un nouveau cadre
d'expression pour les populations rurales.
Quant aux syndicats le bon rapport qu'ils avaient avec les autorités socialistes les
prédestinait à devenir un adversaire acharné du régime militaire. Dans ce
nouveau contexte politique la participation des syndicats à l'instar de la
société civile en général fut orientée vers le redressement politique. Ainsi,
ils vont demander et obtenir le retour à une vie institutionnelle normale en
1974. En 1979 sous leur pression renaît la vie politique avec la création de
l'Union Démocratique du Peuple Malien (UDPM), parti unique. L'UNTM y occupera
une place de choix.
Il faut mentionner que le régime dictatorial a vu le jour
dans un contexte socio-économique très défavorable. Tout cela fut aggravé par
des sécheresses accompagnées de famines dans les années 1970 et une partie des
années 1980. L’aggravation de la économique crise obligea le régime militaire à
se mettre sous la tutelle des institutions de Brettons Wood (FMI et Banque
Mondiale) dans les années 1980. Ce fut le début du désengagement de l'Etat au
profit du secteur privé et des organisations de la société civile, processus
qui est toujours d’actualité dans le cadre de la mise en œuvre de la
décentralisation. Profitant de l’ouverture concédée par les le pouvoir
militaire à la société civile sous les pressions extérieures, les ONG de leur
coté ont commencé à jouer un rôle essentiel
pour la stabilité et le développement du pays en apportant d’abord de
l'aide d'urgence aux populations démunies. Le Programme d'Ajustement Structurel
(PAS) intervenu en 1984 renforça davantage la pertinence de la participation
des ONG qui devaient remédier aux retombées socio-économiques catastrophiques
du PAS. Après la phase de l’urgence, les ONG passèrent à des actions d'appui au
développement. D’auxiliaires des ONG internationales, les ONG nationales
commencèrent à s’affirmer comme organisations autonomes et indépendantes en se
référant à l’Ordonnance
N° 41/P-CG du 28 mars 1959 (Loi 1901). A
la faveur de la politique de désengagement de l’Etat, des catastrophes
naturelles successives, on a assisté à une impressionnante du nombre des ONG
(ONG nationales et internationales confondues) dans les années 80s et 90s avec
des mouvements de regroupements tant au niveau national (CCA, SECO etc.),
régional (coordinations régionales à Ségou, Mopti, Tombouctou ou Gao) que
sectoriel (groupes pivots Education, Santé, CAFO etc.). Les associations
politiques ont aussi profité de cette « brèche » pour s’installer
(fin des années 80s) et lancer le mouvement démocratique avec des
revendications politiques claires.
Il faut dire cependant que dans leur logique les militaires
géraient sans partage. Cette attitude amena les syndicats à opter pour la
stratégie de "participation responsable", c'est à dire être à la
conception, à l'exécution et au contrôle des actions de développement. Cette
stratégie leur permit de participer à
plusieurs commissions nationales et d'intensifier leur combat pour le
redressement politique. L'UNTM réclama l'ouverture démocratique en 1990. Face à
l'obstination des autorités en place à refuser le partage du pouvoir politique,
elle rejoint mouvement associatif malien qui organise l’insurrection populaire.
C’est dans ces circonstances que va sonner le glas du régime militaire avec
l'intervention de militaires patriotiques le 26 mars 1991. Certaines
organisations de la société civile telles que l'ADEMA, le CNID (devenues entre
temps partis politiques), l'ADIDE, l'AEEM, l’AMDH et bien d’autres ont joué un
rôle très déterminant dans la chute de ce régime.
Si les organisations de la société civile ont été le fer de
lance de la lutte pour le redressement politique sous le défunt régime, avec la
démocratisation de la République du Mali en 1991 elles se voient accorder des
droits nouveaux (liberté d’expression, droit des collectivités locales à
s’autogérer, droit à la bonne gouvernance ou gouvernance démocratique etc.) et
assigner de nouvelles tâches et responsabilités. Ce fait se concrétise dans les
différentes politiques de développement nationales. On peut citer par exemple
la politique de décentralisation (1992), la
lutte contre la pauvreté (1998), la refondation de l’Education nationale
etc. Avec la consécration en 1992 de la notion de société civile, les coopératives,
les mutuelles, les associations, les syndicats, les ONG, etc ont bénéficié de
plus de considération parmi les acteurs de développement du Mali. Leur
environnement juridique a connu un changement très positif. Les mutuelles à
titre d'exemple jouent un rôle de plus en plus considérable dans la gestion
alternative de la santé. De nombreuses organisations pour la défense des droits
et intérêts des citoyens ont vu le jour pour faciliter l'amélioration des
conditions de vie et de travail des producteurs et productrices et du cadre de
vie des populations en général.
Par ailleurs, la démocratisation a rendu caduque limitation
de la participation des ONG aux seules actions d'aide/ appui au développement à
la base. En effet, elles sont libres d’étendre leur participation à l'appui au
développement institutionnel et au renforcement des capacités
organisationnelles et opérationnelles d’autres organisations de la société
civile, des collectivités territoriales. Bref un nouveau chantier, le lobbying
ou plaidoyer (l’influence des prises de décisions politiques), s’est ouvert à
elles.
Par ailleurs, le secteur privé proprement dit a connu aussi
une évolution parallèle a celle du droit des affaires.
En effet, l'option socialiste du Mali à l'indépendance ne
favorisait pas l'émergence d’un secteur privé fort, bien que celui – ci
figurait parmi les structures internes de l'administration de
développement. Aucun texte relatif au
droit des affaires ne fut adopté sous le régime socialiste ce qui dénote bien
que la promotion du secteur privé n’était pas sa priorité. Dans les années 80s,
le désengagement de l'Etat à la suite de crises multidimensionnelles ouvre la
voie royale au secteur privé. Ainsi, le premier code de commerce est adopté en
1986. Il s'agit en occurrence de la loi N°86-13AN-RM du 11 février 1986. Ce
code a été abrogé en 1992 par la loi N°92-002 du 27 août 1992 portant code de
commerce en République du Mali. Ces différents textes ont eu le mérite de
conférer au secteur privé toute son importance en tant qu'acteur de
développement. La loi N°91-048 / AN-RM du 26 février 1991 portant code des
investissements au Mali et l'ordonnance N°92-021 / P-CTSP du 13 avril 1992
consacrant la liberté des prix et de la concurrence, ont stimulé l'action des
investisseurs nationaux et étrangers et rendu le secteur privé plus compétitif.
Ces textes nationaux ont été complétés et enrichis en1997 par les actes
uniformes du traité de l'OHADA. De ces actes de l'OHADA, nous avons l'Acte
Uniforme relatif au Droit Commercial Général et l'Acte uniforme relatif aux
Sociétés commerciales et aux Groupements d'intérêt Economique. Ces textes
jouent un rôle essentiel de concert avec les textes nationaux dans
l'assainissement du cadre juridique du secteur privé dans notre pays et
favorisent ainsi sa participation au processus de développement.
Par ailleurs certaines politiques nationales stimulent cette
participation du secteur privé dont celle de la lutte contre la pauvreté. Il
est avéré que le secteur privé demeure un grand pourvoyeur d'emplois et son développement
domine les discours des autorités de l'heure. L'actuel président Amadou Toumani
Touré ne cache pas son attachement au développement de ce secteur. D'ailleurs, lors de sa visite en Chine au
mois de juillet 2004 il s'est fait accompagner par 40 opérateurs économiques
maliens.
3. Conclusions
Nous pouvons donc dire que les organisations de la société
civile de la période coloniale à nos jours ont participé sous diverses formes
au processus d’émancipation, de libération, puis de développement du Mali.
Ainsi, pendant la période coloniale les efforts de la
société civile se sont orientés vers la reconnaissance à l'Africain des droits
humains élémentaires. Ce combat, auquel
s’est jointe la classe politique, a débouché sur l'indépendance des Etats
africains. Sous la première République du Mali et conformément aux orientations
socialistes de l’époque, la société civile a participé activement à la
réalisation de l'unité nationale et à la croissance économique à travers ses
différentes organisations telles les syndicats, les coopératives et les
organisations de masses. Pour d’autres composantes de la société civile, la
marge de manœuvre était très étroite. A partir de 1968, avec l'avènement du
régime militaire, la situation a évolué petit à petit avec plusieurs
retournements de situations : le statut du secteur privé a été revalorisé
tandis que les syndicats sont passés de l’opposition farouche à la
participation responsable. C'est avec la démocratisation de notre pays au début
des années 1990 que la participation de la société civile au développement du
pays a été reconnue véritablement comme un enjeu de la gouvernance
démocratique. De nos jours la société civile malienne a acquis une certaine
maturité et s'est nettement démarquée de l'instrumentalisation dont elle
faisait l'objet par les pouvoirs centraux. Elle continue de se battre non
seulement pour le renforcement de la démocratie intégrale et de la
décentralisation, mais aussi pour le renforcement de sa capacité de
participation responsable aux instances de décision, d'exécution et de contrôle
à tous les niveaux dans un climat démocratique et de bonne gouvernance.
Les organisations de la société civile constituent un
instrument privilégié du développement local et de la lutte contre la pauvreté
à la base. C'est sur elles que s'appuient les partenaires au développement.
L'exemple des ONG est très révélateur de nos jours, car celles-ci œuvrent dans
tous les secteurs de développement du Mali. La collaboration avec l’Etat aussi
est en train de s’améliorer, car tous les acteurs prennent de plus en plus
conscience de la nécessaire complémentarité entre le secteur, encore tout
puissant, et la société civile pour contenir la pauvreté et favoriser
l’épanouissement de chacun(e) et de tous.
Il nous est donc loisible de dire que la participation de la
société civile au développement, de la période coloniale à nos jours n'a été
véritablement libre et démocratique qu'avec l'avènement de la démocratie en
1991. Cette démocratisation a permis la mise en œuvre d'une politique de
décentralisation qui fait des organisations de la société civile la cheville
ouvrière du développement à la base en vue de la satisfaction durable des
besoins fondamentaux des populations rurales et urbaines. Toutefois, beaucoup
restent encore à faire pour que les organisations de la société civile soient
véritablement à la hauteur de ces nouveaux défis que posent la démocratisation
et la communalisation intégrales de la société malienne/africaine en mutation.