Devise :
« L’Ignorance coûte plus cher que l’Education ! »
_______________________________________________________
L’appui à l’éducation de base formelle et informelle compte parmi les priorités du développement pour le CEK – Kala Saba.
Depuis
de nombreuses décennies (1962 exactement), le Mali est engagé dans la réforme
de son système éducatif. Exception faite des années 60s, les réformes les plus
courageuses et innovatrices ont eu lieu depuis une dizaine. Elles ont lieu dans
le cadre du PRODEC (Programme Décennal pour le Développement de l’Education)
qui est opérationnalisé à travers le PISE (Programme d’Investissements dans le Secteur
de l’Education), et de nombreux autres projets officiels ou informels. C’est
surtout le PRODEC qui est reconnue comme étant le socle de la Refondation de
l’école malienne. Il comporte beaucoup d’innovations telles que la
généralisation de l’enseignement scolaire dans les langues nationales, les
facilités pour la société civile de créer des écoles privées et/ou
communautaires. Comme toutes les réformes, la Refondation de l’école malienne
ne progresse pas de manière rectiligne, mais connaît des hauts et des bas.
C’est pourquoi ici le CEK se propose de faire de temps en temps le point de la
situation afin d’aider les progressistes maliens/africains et leurs partenaires
au développement à mieux orienter leurs efforts pour assurer aux enfants
africains un avenir meilleur.
1.1 Etat des lieux de l’Education de Base
Au
plan institutionnel, les réformes éducatives ont conduit à l’organisation
suivante de l’autorité administrative, en ce qui concerne l’éducation de base :
MEN (Ministère de l’Education Nationale)
↓
DNEB
(Direction Nationale de l’Education de Base)
↓
AE (Académie
d’Enseignement)
↓
CAP (Centre
d’Animation Pédagogique)
↓
Directeur d’Ecole
↨
CGS (Comité de
Gestion Scolaire)/CGE (Comité de Gestion de l’Ecole)
N.B :
Plusieurs observations s’imposent pour comprendre la portée des innovations
au-delà des simplifications schématiques. C’est ainsi que l’AE correspond à
l’ancienne Direction Régionale de l’Education (DRE) et le CAP à l’ancienne
Inspection de l’Enseignement Fondamental (IEF). En lieu et place du Bureau APE
(Association des Parents d’Elèves), c’est le CGS qui facilite la cogestion de
l’école par l’administration scolaire et la société civile.
Cependant
ce ne sont pas seulement les vocables qui ont changé, mais il y a des nuances
importantes dans les prérogatives et les méthodes d’intervention entre les
nouvelles et les nouvelles institutions. Par exemple, là où il n’y avait qu’une
DRE ou une CAP, on en trouve 2 – 3 de nos jours ou même plus dans le futur, le
principe directeur étant de réduire autant que possible la distance entre
chaque institution et ses usagers.
La
relation de coopération entre le Directeur de l’établissement et l’organe de
cogestion scolaire peut paraître ambiguë selon le statut de l’école. En effet
dans les écoles communautaires, le Directeur d’école étant un employé de la
communauté, il est placé sous l’autorité du CGE. Dans
les établissements privés en général, le rapport de force dépend de la
politique de l’établissement et devrait être équilibré (mais là c’est encore
l’ancienne formule – Bureau APE – qui prévaut), puisque ce sont les parents d’élèves
qui financent l’école qui, juridiquement, a un statut privé. Mais c’est dans
les écoles publiques où les relations restent floues. Car le Directeur d’école
est un fonctionnaire lié à la hiérarchie administrative et ne peut être
sanctionné par le CGS. De l’autre côté, si la société
doit s’approprier l’école selon le modèle des CGE, il ne fait pas de sens de
subordonner le CGS à l’autorité du Directeur et de l’administration scolaire,
comme c’était le cas des Bureaux APE. Ici il y a une équivoque à lever.
Aujourd’hui
l’offre d’éducation de base présente une diversité structurelle intéressante dans
laquelle chaque acteur social semble (pouvoir) trouver son compte. A côté des
écoles fondamentales publiques qui sont de loin les plus nombreuses, l’offre
éducative comprend aussi :
-
les écoles privées laïques et
confessionnelles (qui vont de l’éducation de base aux études supérieures)
-
les écoles communautaires (qui se
limitent à l’enseignement fondamental le plus souvent)
-
les centres d’éducation pour le développement
(CED), qui orientent les adolescent(e)s des milieux
défavorisés (milieu rural très souvent) vers les activités de production :
professions agropastorales et artisanat.
Cet état des lieux
mérite encore d’être nuancé en termes de résultats quantitatifs et qualitatifs.
1.2 Les acquis
-
La mise en
œuvre relativement satisfaisante du PRODEC, malgré des lourdeurs
administratives, est en soi un point fort. Une preuve de ce succès est la
diversité structurelle de l’offre éducative dont il vient d’être question.
Grâce aux
réformes structurelles en chantier depuis une dizaine d’années, toutes les
communautés et composantes de la société malienne peuvent désormais avoir accès
à l’éducation formelle avec une relative facilité (comparativement à la période
des années 60s aux années 80s, où le droit de l’accès démocratique à
l’éducation de base était systématiquement nié à maintes communautés
villageoises, comme c’était le cas par exemple en pays dogon).
-
Résultats
quantitatifs :
On peut citer : a) l’augmentation du taux brut
de scolarisation de 47% en 1996/1997 à 65% en 2002/2003 et 70,5% en 2003/2004 tout
en réduisant les disparités régionales et par sexe (Objectif du PRODEC), soit
pour les garçons : 81,3% et les filles : 59,9% ; b) l’augmentation
du taux d’alphabétisation plus particulièrement celui des femmes, de 14% en
1997 à 40% en 2003, conformément aux objectifs du PRODEC.
Pour le second cycle, le taux brut de scolarisation est de 34,4% soit pour les garçons :
43,7% et les filles : 25,4%. (Sources : l’Indépendant N°642 du
mercredi 18 décembre 2002 et Division Statistiques du MEN).
Scolarisation des Filles
Caisse de développement scolaire (CDS) : Kayes, Mopti et Tombouctou (DNEB)
Programmes de Centres d’Apprentissage Féminins (CAFE) validés (DNEB)/Direction, Enseignement Technique et Professionnel)
Associations de mères d’élèves installées dans 40 localités (CAP de Kayes rive gauche, Kita I et II, Bafoulabé, Mopti, Sévaré, Douenza, Ansongo et Bourem en région de Gao).
|
|
Garçons |
Filles |
Moyenne |
|
2000-2001 |
72,7 |
52,1 |
62,4 |
|
2001-2002 |
75,3% |
53,7 |
64,3 |
|
2002-2003 |
77,9 |
56 |
67 |
|
2003-2004 |
81,3 |
59,9 |
70,5 |
Source : Essor n° 15406 du 07/03/05, p. 3
-
Résultats qualitatifs
(pédagogie convergente : méthodes pédagogiques actives basées sur les
langues nationales, responsabilisation des Collectivités Territoriales pour
l’enseignement fondamental, accent sur la scolarisation des filles). Le
transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités territoriales a été
signé par le Président de la République en Juin 2002, ce qui a donné un coup de
fouet au dit processus.
Présentement on
observe les évolutions qualitatives suivantes :
(1) création de
communautés d’apprentissage (méthode de l’apprentissage en peer groups ou intervision) :
par exemple un groupe d’enseignants qui se rencontrent régulièrement pour
échanger leurs expériences et apprendre à partir des bonnes pratiques ;
(2) adaptation
du curriculum aux réalités locales : c’est la volonté de l’ouverture de
l’école à son environnement social, culturel et économique. Elle correspond à
une revendication classique des réformateurs de l’école malienne et il est trop
tôt pour apprécier les efforts en cours (s’ils sont pertinents ou non) ;
(3)
l’appropriation de l’école par les acteurs locaux à travers les CGS/CGE. Dans les cas des écoles publiques et privées, les
instruments mis en place paraissent insuffisants (voir plus haut).
1.3 Les problèmes les plus pressants
-
Effectifs
pléthoriques : une moyenne de 75 élèves par classe reste très fréquente
surtout dans les écoles publiques et communautaires (où la pression sociale et
morale d’embaucher au-delà des normes est très forte).
-
La question de
la qualité de l’enseignement et de l’éducation donnée aux enfants se pose à
tout moment : il y a non seulement le manque d’enseignants, mais en plus
le niveau technique et la moralité de la plupart des enseignants laissent à
désirer. A cet égard, le corps enseignant des écoles communautaires et de
certaines écoles privées (confessionnelles surtout) se
distingue par ses performances nettement au dessus de la moyenne (voir taux de
réussite des élèves aux examens).
-
Le faible
pouvoir d’achat des parents d’élèves : le coût de la vie devient de plus
en plus insoutenable, surtout quand l’enfant quitte le milieu rural pour aller
dans les agglomérations urbaines pour y continuer ses études : le manque
d’appui aux familles vulnérables pour faire face aux frais de scolarisation
directs et indirects font que beaucoup d’enfants sont obligés d’interrompre
leurs études, même s’ils sont doués et motivés.
-
Manque de
débouchés pour les élèves issus du milieu rural qui sont condamnés à aller grossir les
rangs de l’immigration interne et externe pour avoir des revenus décents.
Encadré :
Priorité absolue à la qualité de l’éducation
Selon nos
estimations, avec 30 milliards de francs CFA (environ EUROS 46 millions), on peut
créer des infrastructures supplémentaires pour scolariser tous les enfants
maliens. Mais cela ne résout guère les problèmes de qualité de
l’éducation : assurer les charges de fonctionnement de ces nouveaux
établissements, assurer des possibilités aux méritant(e)s
de continuer leurs études au second cycle de l’enseignement fondamental et
enfin trouver des débouchés professionnels aux adolescents et aux diplômés
sortant de ces écoles. Ce simple exercice montre que les réformes structurelles
de l’enseignement doivent être accompagnées par celles de l’économie et de
l’administration financière du pays pour faciliter les créations d’emplois.
2. Approches sectorielles
préconisées
Nous préconisons une approche à
«deux vitesses » pour répondre à la fois aux besoins urgents et à la
nécessité de trouver une solution structurelle durable aux problèmes constatés.
En effet, à court terme, il est urgent de décongestionner les salles de classes
avec 150 – 210 élèves pour permettre un minimum d’enseignement de qualité.
Tandis qu’à long terme des créations de nouveaux établissements fonctionnant
sur des critères de qualité et de durabilité sont indispensables.
L’approche est à intégrer dans
les plans locaux de développement à tous les niveaux : d’abord au niveau
du Conseil Communal (dans le Plan de Développement Social, Economique et
Culturel, PDSEC), des plans d’action locaux et régionaux inspirés du PRODEC.
La solution d’urgence estt de procéder à l’extension des établissements
existants. Cela ne nécessite pas de rechercher de nouveaux sites ni de procéder
à des études de faisabilité compliquées. L’autorité scolaire peut à elle seule
régler ce problème en sollicitant directement l’appui d’un bailleur de fonds à
travers le Ministère de l’Education Nationale (MEN).
Le Centre d’Animation Pédagogique
(CAP) confectionnera les dossiers et les acheminera sur le MEN par voie
hiérarchique. Chaque dossier doit comporter le site d’extension (disponibilité
de terrain), le nombre de salles à construire/reconstruire, l’apport de l’Etat,
des Partenaires au Développement locaux, de la Commune, des parents d’élèves
etc.
La mention en bonne place des
innovations pédagogiques telles envisagées (que la Pédagogie Convergente, le
recrutement accru des filles etc.) peut éveiller plus d’intérêt chez les
partenaires au développement. L’appropriation par les communautés locales est
indispensable et la stratégie y afférente est à expliciter.
La solution sur le long terme
serait de mobiliser les Partenaires au développement pour la création d’autant
d’Ecoles Communautaires (ECOM) que nécessaires et financièrement supportables
par les populations et la Commune
Aussi pour la création de
nouveaux établissements, recommandons- nous l’approche
suivante:
4S’assurer que la démarche d’implantation de nouveaux
établissements s’inscrit dans le cadre du Plan de Développement global (PDSEC)
de la Commune: par exemple des concertations et
ajustements avec les plans de développement sectoriels de la santé, de
l’alimentation en eau potable entre autres sont nécessaires pour garantir la cohérence
de la démarche
4Une campagne d’information préalable des populations
bénéficiaires sur la nouvelle
éducation de base, la Pédagogie
Convergente, les rapports entre l’école et la décentralisation et leurs
avantages est indispensable pour leur permettre de se décider et de se
mobiliser plus facilement. Les nouvelles responsabilités de la société civile
dans le cadre de la Décentralisation territoriale sont particulièrement à clarifier.
4Si cette étape fondamentale se passe avec succès
(c’est-à-dire si l’adhésion des populations bénéficiaires à l’approche
envisagée est hors de doute et se manifeste par exemple à travers des demandes
écrites de création d’écoles), les démarches ci-après sont opportunes :
bEtude de faisabilité :
vérifier qu’il y a suffisamment d’enfants scolarisables – enfants âgé(e)s de 6 à 8 ans - et encourager plusieurs villages à s’unir autour
d’une même école (pour se partager les frais de fonctionnement). Les démarches
ci-après doivent se faire auprès de chaque localité concernée par le projet
d’école :
¨
Disponibilité des parents /
tuteurs à les scolariser
¨
Disponibilité des parents à
s’impliquer dans la gestion (création de l’Association des Parents d’Elèves ou
APE sur la base de l’Ordonnance n°41/PCG du 28 Mars 1959, de ses organes et
notamment d’un comité de gestion provisoire par établissement)
¨
Site Disponibilité d’un site
affecté régulièrement et définitivement à la structure de gestion de la
nouvelle école (document de titre légalement constitué et disponible)
¨
Approbation formelle des parents
des villages/quartiers bénéficiaires en Assemblée Générale à obtenir
¨
Rédiger un rapport de faisabilité
sanctionnant les investigations.
ENQUETE SUR LA FAISABILITE D'ECOLES
COMMUNAUTAIRES
__________________________________________________________________
I/- LEGITIMATION DE
LA DEMANDE D'APPUI
1) Expériences de la population avec l'école jusqu'à nos jours
2) Origine de la demande et sa motivation (représentativité sociale de ses auteurs)
II/- POPULATION
SCOLARISABLE
1) Liste des villages faisant partie du rayon de recrutement de l'école (préciser les villages-mères, villages dérivés et hameaux et décrire les relations entre ces villages: historiques, sociales etc.)
2) Estimation de la population (enfants âgés de 4-8 ans)
Village Garçons Filles Total
1.
2.
3. etc.
Total
3) Nombre prévisionnel d'enfants qui seront scolarisés/an (il faudrait au moins 30/classe/an pour avoir une recette minimum de 250 CFA/mois x 30 = 7 500 CFA pour payer l'enseignant)
4) Au cas où ce nombre prévisionnel serait insuffisant, examiner la disponibilité du village à s'associer à d'autres villages intéressés à créer une école:
- noms de ces villages
- des contacts ont-ils été déjà pris ? Si oui avec résultats concrets ?
- Si non, des contacts seront-ils pris ? Par qui ? Quand ? etc.
- clarifier toute question restée floue
III/ PARTICIPATION
1) Combien coûte actuellement la scolarisation d'un enfant ?
Type de calculs à faire avec les villageois (en nombres représentatifs): cotisations scolaires + fournitures + nourriture + etc. = coût total/annuel
2) Quel type d'école/d'appui voudrait la population (nombre classes ? construction en pierre? réhabilitation? réparations? équipements? etc.)
[pas de soutien pour les constructions en banco; 3 classes pour commencer]
3) Comment veut-elle financer/finance-t-elle:
a) la construction?
>>> visiter le site prévu (60 m²/classe + direction + cour +
toilette = 300 m² minimum sont nécessaires)
>> obstacles prévisionnels
> propositions de solutions des villageois
> recommandations des enquêteurs
b) et le
fonctionnement de l’école
>>> comment seront rémunérés les
maîtres et le Directeur d'école
(idées à explorer entre autres: cotisations, champs collectifs, apport en nature, 10% des récoltes/famille/village bénéficiaire etc.)
4) Des personnes-ressources sont-elles disponibles pour
- le Conseil de Gestion de l'école [expliquer ce que c’est qu’un CGE: attributions, obligations, représentativité des membres]
- devenir enseignant, directeur d'école (nommer ces derniers et demander leur confirmation)
>>> obstacles prévisionnels
>> solutions envisagées par les
villageois
> recommandations des enquêteurs
5) Quelle organisation/institution locale pourrait vous assister au jour le jour à conduire l'école?
- ONG
- Projet/Association de développement/APE
- Ecole dans le voisinage (son Directeur etc.)
- autre
> Contacter cette organisation et évaluer ses compétences, expériences, sa disponibilité et ses conditions à coopérer avec le village/la Commune et la structure d’appui technique (ONG, Projet de développement etc.)
IV/ COHESION SOCIALE
1) Types d'associations existants dans le village
- dates de création
- structure de chaque association
- activités menées
- actifs/réalisations concrètes (à visiter les plus importantes si possible)
- état actuel (bon/mauvais entretien etc.) et causes
- échecs/difficultés/insuffisances
V/ AUTRES SUJETS CRITIQUES DECOUVERTS
(favorables/défavorables à un bon fonctionnement de l'école du village)
FICHE D’EVALUATION DE LA FAISABILITE D'ECOLES COMMUNAUTAIRES
Village.........................Secteur....................Commune.........................Cercle..
Dates d’enquête................................et d’évaluation.....................................................
___________________________________________________________________
1) Expériences de la
population avec l'école jusqu'à nos jours
o oui Lieux de fréquentation habituels
........................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
o non ....... Pourquoi ?..................................................................................................
...............................................................................................................................................................................................................................................................................
2) Auteurs de la demande ........................................................................................................................................
........................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
·
et leur représentativité sociale
................................................................................................................................................................................................................................................................................
· Estimation des enfants scolarisables dans le rayon de recrutement (enfants âgés de 4-8 ans)
|
Villages intéressés |
Garçons |
Filles |
Total |
Observations
éventuelles |
|
1) |
|
|
|
|
|
2) |
|
|
|
|
|
3) |
|
|
|
|
|
4) |